
Trauma corporel et vaginisme : ce que votre vagin garde en mémoire
- il y a 2 jours
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Vous avez peut-être déjà entendu cette phrase : « le corps n'oublie pas ». Vous l'avez peut-être trouvée jolie, un peu vague, du genre qu'on dit en passant. Et puis un jour vous avez voulu un rapport — voulu, vraiment, du fond de la tête et du fond du ventre — et votre corps a dit non.
Pas un non poli. Un non qui ferme, qui serre, qui rend impossible ce que vous demandiez.
Ce non, c'est de la mémoire. Pas une mémoire qui se raconte avec des mots. Une mémoire qui s'écrit dans le tonus, dans le souffle, dans les muscles qui se contractent avant que vous ayez eu le temps d'y penser. Et c'est de cette mémoire-là que je veux vous parler aujourd'hui.
Ce que veut dire « trauma corporel » (et pourquoi le mot fait peur)
Trauma. Vous entendez ce mot et vous pensez peut-être : « mais il ne m'est rien arrivé ». Pas de viol, pas d'agression caractérisée, pas de drame qui ferait justifier ce mot. Et vous vous demandez si vous avez le droit de parler de trauma.
Vous avez le droit.
Parce que le trauma corporel, ce n'est pas seulement l'événement grave qu'on raconte au journal. C'est ce que votre système nerveux a classé comme trop. Trop fort, trop intrusif, trop intime, trop tôt. C'est l'accumulation de micro-effractions — un examen gynécologique brusque à 16 ans, un premier rapport poussé avant que le corps ne soit prêt, une phrase de mère qui a planté l'idée que ça ferait mal, une vague de pression religieuse ou culturelle qui a soufflé pendant l'adolescence que « là, c'est interdit ».
Aucun de ces événements pris seul ne mérite le mot trauma. Tous ensemble, oui. Et c'est précisément là que le vaginisme s'installe : à l'intersection de plusieurs petits non que le corps a fait sien, sans que vous ayez eu le temps de les nommer.
Comment la mémoire s'inscrit dans le bassin
Le bassin est l'une des zones les plus innervées du corps. Il abrite des dizaines de muscles, dont le périnée, qui se contracte ou se relâche en réponse à votre état émotionnel. Pas seulement en réponse à votre volonté.
Quand un événement est classé « trop » par votre système nerveux, votre corps fait deux choses :
Il prépare la défense. Le système nerveux sympathique s'active. Les muscles du bassin se contractent. La respiration devient haute, courte. Vous êtes en mode fight or flight, même si vous êtes allongée tranquillement dans un lit.
Il enregistre la posture. Cette contraction, si elle est répétée ou suffisamment intense, devient un automatisme. Une réponse par défaut. Comme une porte qui se ferme désormais toute seule chaque fois qu'on s'en approche, parce qu'elle a appris qu'on l'avait forcée.
C'est ce qu'on appelle parfois la mémoire procédurale du corps. Une mémoire qui n'a pas besoin de mots pour fonctionner. Qui ne passe pas par votre conscience. Qui se met en route avant même que vous ayez le temps de dire « attends ».
Le corps ne se souvient pas de l'événement. Il se souvient de la posture de défense que l'événement a déclenchée.
C'est pour ça que vous pouvez avoir parfaitement digéré, intellectuellement, ce qui vous est arrivé — en avoir parlé en thérapie, l'avoir mis à plat, l'avoir relativisé — et que le corps continue, lui, à exécuter le programme de fermeture comme s'il était toujours en danger.
Le nerf vague : le chef d'orchestre que personne ne vous a présenté
Si vous voulez comprendre pourquoi votre vagin se ferme avant que votre tête ait fini de réfléchir, vous devez rencontrer le nerf vague.
Le nerf vague est le dixième nerf crânien. Il part du tronc cérébral et descend, comme deux fils électriques, jusqu'au bas de votre abdomen. Il innerve le cœur, les poumons, les viscères, et il participe à la régulation des muscles du bassin. C'est lui qui décide, en grande partie, si votre corps est en mode sécurité ou en mode menace.
Quand le nerf vague est en mode menace, voici ce qui se passe dans le bassin :
Le périnée se contracte
La lubrification chute
Le vagin se ferme dimensionnellement
La respiration remonte dans la cage thoracique
Tout l'appareil sexuel se met en pause
Et tout cela se produit en moins d'une seconde, sans que votre volonté soit consultée.
Voilà pourquoi « détendez-vous » est l'un des conseils les plus violents qu'on puisse vous adresser. Parce qu'il sous-entend que vous avez le contrôle. Vous ne l'avez pas. C'est le nerf vague qui décide. Et le nerf vague n'écoute pas les injonctions — il écoute les signaux de sécurité.
Pourquoi le mental seul ne suffit pas
J'ai vu en cabinet des dizaines de femmes intelligentes, lucides, qui avaient lu tous les livres, vu tous les thérapeutes, compris parfaitement leur histoire. Elles savaient pourquoi leur corps se fermait. Elles l'avaient analysé sous tous les angles.
Et leur vagin restait fermé.
Parce que la compréhension intellectuelle ne change pas le tonus musculaire. Parce que dire « je sais pourquoi j'ai peur » ne désactive pas la branche sympathique du nerf vague. Parce que le travail du trauma corporel ne se fait pas dans la tête. Il se fait dans le corps lui-même.
C'est une des révolutions silencieuses des vingt dernières années en neurosciences affectives : on a découvert que le top-down (la pensée qui change le corps) marche beaucoup moins bien qu'on ne le croyait, et que le bottom-up (le corps qui change la pensée) marche beaucoup mieux qu'on ne le croyait.
On ne pense pas son chemin hors d'un vaginisme. On le respire, on le bouge, on le ressent, on le laisse traverser.
Trois portes d'entrée concrètes
Si le mental seul ne suffit pas, qu'est-ce qui marche ? Trois portes principales :
Porte 1 — La respiration diaphragmatique
C'est l'outil de base. Parce que le nerf vague est en lien direct avec le diaphragme. Quand vous respirez lentement, profondément, dans le bas du ventre, vous envoyez au nerf vague le seul signal qu'il comprend vraiment : « tu es en sécurité ». Et le nerf vague, en retour, dit aux muscles du bassin : « vous pouvez vous détendre ».
Pas en pensant à se détendre. Pas en se grondant de ne pas se détendre. En respirant. Quatre secondes inspir, six secondes expir, dix minutes par jour. C'est tout.
Porte 2 — Le mouvement oculaire
Sans entrer dans la technique de l'EMDR, qui se fait avec un thérapeute formé, sachez ceci : les mouvements oculaires lents, latéraux, peuvent désactiver une mémoire émotionnelle qui s'est cristallisée dans le corps. Pas parce que c'est magique. Parce que les yeux et le cerveau émotionnel sont reliés par les mêmes circuits que ceux qui gèrent la peur. Bouger les yeux dans certains motifs, c'est dire au cerveau : « on n'est plus là, on est ici, maintenant ».
C'est l'une des techniques les plus puissantes du trauma corporel, et l'une des moins connues du public.
Porte 3 — Le contact volontaire avec le corps
Pas en force. Pas en « il faut se réapproprier son corps ». En lenteur. En curiosité. En toucher externe avant interne — la cuisse, le ventre, le bas du dos — pour réapprendre au système nerveux que toucher = sécurité, pas toucher = effraction.
C'est ce que je propose dans la Partie VI du livre : un protocole progressif qui ne saute aucune étape, parce qu'il n'y a rien de pire que de brûler les étapes quand on travaille avec un système nerveux qui a déjà appris à se méfier.
Ce que vous gardez de cet article
Trois choses :
Votre vaginisme n'est pas dans votre tête. Il est dans votre nerf vague, dans votre périnée, dans la mémoire procédurale de votre bassin. Ça n'a rien à voir avec votre volonté ou votre intelligence.
Le mental seul ne suffit pas. Le travail se fait par le corps, par la respiration, par le mouvement. Ça prend du temps. Ça ne ressemble pas à de la thérapie verbale.
Vous n'avez pas besoin d'un trauma spectaculaire pour avoir un vaginisme. L'accumulation de micro-effractions suffit. Ce n'est pas une question de gravité — c'est une question de ce que votre système nerveux a classé comme « trop ».
Pour aller plus loin
Si vous voulez comprendre votre profil de vaginisme et savoir par quel angle attaquer le travail dans votre cas — selon que vous êtes plutôt corps, plutôt anxieuse, plutôt en couple, plutôt en ménopause —, j'ai écrit pour ça Votre Vaginisme : fini l'errance, dénouer le plaisir selon votre profil.
Le livre couvre 8 portraits cliniques différents, et pour chaque portrait, l'angle de travail le plus adapté.
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