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Hélène, 52 ans : trente ans plus tard, j'ai mis un nom dessus

  • il y a 17 heures
  • 6 min de lecture

Les portraits cliniques que vous lirez sur ce blog sont anonymisés et composites : ils mélangent les traits de plusieurs patientes pour préserver l'intimité de chacune tout en restant fidèles à la réalité du cabinet.

Hélène est venue à moi à 52 ans. C'était notre première séance et elle a pleuré pendant presque toute l'heure. Pas de gros sanglots — une pluie continue, douce, qu'elle essuyait du dos de la main, en s'excusant.

« Je suis désolée. Je ne pleure jamais. Mais c'est la première fois en trente ans que je peux parler de ça à quelqu'un. »

Hélène avait vécu trente ans avec un vaginisme. Elle n'avait jamais eu de pénétration aboutie. Elle s'était mariée à 23 ans, divorcée à 31 ans — sans jamais consommer le mariage, fait dont son ex-mari et elle n'avaient jamais parlé à personne. Depuis, plus aucune relation sexuelle. Elle avait construit sa vie autour de ce vide, l'avait nommé « asexualité », puis « choix de vie », puis plus rien — parce qu'à un moment, on n'a même plus de mots pour ce qui n'est plus.

Et puis un samedi matin, par hasard, elle avait ouvert un magazine féminin chez sa coiffeuse. Et elle avait lu un article de trois colonnes sur le vaginisme. Et elle s'était reconnue. Elle avait pleuré toute la journée. Elle avait pris rendez-vous le lundi.


Ce qu'elle n'avait pas eu

Hélène n'avait pas eu :

  • De diagnostic. À 18 ans, lors de son premier examen gynécologique, on lui avait dit « vous êtes très tendue ». À 22 ans, à la veille de son mariage, elle avait essayé d'avoir un rapport avec son fiancé — impossible. Elle s'était dit que ça viendrait. Ça n'était pas venu.

  • D'information. Le mot vaginisme n'avait jamais croisé sa route. Pas à l'école. Pas dans son cercle familial. Pas dans les livres. Pas chez les médecins qu'elle avait consultés ponctuellement pour d'autres motifs. Tous l'avaient vue, palpée, examinée — aucun n'avait nommé.

  • De soutien. Son ex-mari avait été patient pendant huit ans, puis avait fini par partir, blessé sans comprendre. Sa famille n'avait jamais su. Une seule amie, à la trentaine, en avait eu un soupçon ; Hélène avait fermé la porte.

  • De désir reformulé. Hélène avait renoncé à imaginer une vie avec sexualité. Pas par non-désir réel — par adaptation à l'impossible. Quand on m'a posé la question, à elle, « est-ce qu'aujourd'hui, si c'était possible, vous voudriez ? », elle a mis quatre séances avant de pouvoir répondre.


Le travail qui n'est pas mécanique

Avec Hélène, je n'ai pas commencé par les dilatateurs. Je n'ai pas commencé par la respiration. Je n'ai pas commencé par la kiné.

J'ai commencé par une question, posée la troisième séance :

« Hélène, pendant trente ans, vous avez vécu sans pouvoir avoir de pénétration. C'est immense, ce que vous avez traversé. Avant de penser à comment vous pourriez retrouver cette possibilité, j'ai besoin de comprendre une chose. Qu'est-ce que ça veut dire, pour vous, mettre un mot sur ce qui n'avait pas de nom ? »

Et là, le vrai travail a commencé.

Parce que ce que Hélène avait à faire, avant tout, c'était faire le deuil de toutes les femmes qu'elle aurait pu être : la femme qui aurait pu avoir un enfant, la femme qui aurait pu garder son mari, la femme qui aurait pu vivre une autre vie — celle qu'elle avait dû se construire en évitant systématiquement les situations où le sexe risquait d'apparaître. Le deuil de la complicité de couple. Le deuil de la spontanéité. Le deuil de la transmission au sein du corps de femme.

Ce deuil-là, aucun dilatateur ne le fait. C'est une psychothérapie longue, lente, à mener avant ou en même temps que tout travail corporel.


Les deux ans qui ont suivi

Le travail avec Hélène a duré deux ans. Et c'était peu, vraiment, pour trente ans à rattraper.

Phase 1 — Le deuil et la nomination (6 mois) Psychothérapie hebdomadaire, ciblée sur la mise en mots, la reconnaissance du vécu, la colère qui montait au fur et à mesure qu'elle réalisait ce qu'on lui avait laissé porter seule.

Phase 2 — L'autorisation (6 mois) Permettre à Hélène de se réapproprier l'idée que oui, à 52 ans, elle avait le droit de vouloir une sexualité. Pas l'obligation. Le droit. Et que ce droit valait pour elle même si aucun partenaire n'était sur le radar.

Phase 3 — Le travail corporel (12 mois) À ce moment-là seulement, on a introduit le travail corporel. Pas avec un partenaire — Hélène n'en avait pas, et n'en voulait pas pour cette phase. Avec son propre corps. Respiration. Toucher externe. Reconnaissance de la vulve dans le miroir (oui, à 52 ans, c'était la première fois). Dilatateurs Velvi très progressifs. Travail en parallèle d'une kiné formée à l'hypertonie et au travail vulvaire d'âge mûr.

À la fin des deux ans, Hélène pouvait insérer un dilatateur de taille M sans douleur. Elle n'avait toujours pas eu de rapport — elle n'avait pas de partenaire et n'en cherchait pas. Mais quelque chose de fondamental avait changé.

Elle m'a écrit, six mois après notre dernière séance :

« Je suis allée chez la gynécologue la semaine dernière. Pour la première fois de ma vie, j'ai eu un examen sans crispation. Elle a regardé. Elle m'a dit "c'est très bien". Je suis sortie et je me suis assise sur un banc et j'ai souri toute seule pendant dix minutes. Trente ans à éviter ce moment. Et là, c'était juste un examen. Comme tout le monde. »

Comme tout le monde. C'était ça, son objectif. Pas un orgasme. Pas un mariage. Pas une pénétration parfaite. Être comme tout le monde dans ce point précis de la vie d'une femme — savoir que son corps peut accueillir quelque chose à l'intérieur sans danger.


Ce que l'histoire d'Hélène nous apprend

Trois choses :

1. Il n'est jamais trop tard. Hélène avait 52 ans quand elle a mis un nom sur ce qui lui arrivait depuis qu'elle en avait 18. Elle aura peut-être 55 ans quand elle aura un premier rapport, ou peut-être qu'elle n'en aura jamais — et c'est très bien aussi. L'objectif n'est pas la performance. L'objectif est la fin de l'errance — savoir ce qu'on a, ce qu'on porte, ce qu'on peut choisir d'en faire ou pas.

2. Le deuil précède la mécanique. Quand un vaginisme a duré dix, vingt, trente ans, le travail corporel ne peut pas être premier. Il faut d'abord faire le deuil. Nommer la perte. Reconnaître la colère. Laisser monter ce qui a été contenu. Sans ce deuil, le corps refuse l'invitation à se rouvrir — parce que se rouvrir, c'est aussi reconnaître qu'on a perdu.

3. La société a une responsabilité. Hélène n'a pas eu de diagnostic pendant trente ans parce que la médecine et la culture n'ont pas voulu voir. C'est un fait collectif, pas individuel. Et la première chose à dire à une Hélène qui arrive en cabinet, c'est : « ce n'est pas votre faute. On vous a laissée sans nom et sans soin pendant trente ans. C'est cela qui est anormal, pas vous. »


Si vous vous reconnaissez

Vous êtes peut-être Hélène. Ou Hélène à 40 ans. Ou Hélène à 60 ans. Vous avez vécu longtemps avec un vaginisme silencieux, parfois sans même avoir le mot.

Trois pas pour commencer, même tard :

  1. Posez le mot. Lisez. Renseignez-vous. Reconnaissez-vous. Dites à voix haute, seule chez vous : « j'ai un vaginisme ». C'est déjà un travail.

  2. Trouvez quelqu'un à qui parler. Pas votre médecin de famille en premier (statistiquement, il/elle ne saura pas). Une sexothérapeute formée au vaginisme. Ou une psychothérapeute qui accepte de prendre le temps. Le premier rendez-vous est le plus dur. Après, c'est moins dur.

  3. Laissez du temps au deuil. Ne brûlez pas les étapes. Vous n'êtes pas en compétition avec votre propre vie. Le corps suit, à la fin. Toujours.


Pour aller plus loin

Si vous voulez le chapitre complet sur le vaginisme tardif et le deuil de réparation, j'ai écrit Votre Vaginisme : fini l'errance, dénouer le plaisir selon votre profil.

Le livre traite spécifiquement de la situation des femmes qui découvrent leur vaginisme après 40, 50, 60 ans, avec les protocoles adaptés à un système nerveux qui a fonctionné en mode défense pendant des décennies.

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