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Le père-rempart : protéger sa compagne des gestes non consentis à la maternité

  • il y a 2 jours
  • 5 min de lecture
Le père-rempart : protéger sa compagne des gestes non consentis à la maternité

Il y a une chose que personne ne vous dit avant le jour J : à la maternité, les gestes vont vite. Un toucher vaginal, puis un autre vingt minutes plus tard. Une main qui rompt la poche des eaux. Une décision d'épisiotomie annoncée — ou pas — au moment où elle se fait. Souvent sans explication. Parfois sans qu'on lui ait demandé.

Ce n'est pas, dans l'immense majorité des cas, de la malveillance. C'est un service qui tourne, des habitudes, un tempo. Mais pour la femme allongée là, qui n'est plus en état de poser des questions, l'effet est le même : son corps devient un terrain où des choses arrivent à elle, plus avec elle.

C'est exactement là que vous avez un rôle. Pas celui que vous croyez.

Votre compagne ne pourra pas se défendre — et c'est normal

Pendant le travail, une femme descend dans son corps. C'est physiologique, c'est même souhaitable : c'est dans cet état-là qu'elle accouche le mieux. Mais cet état a un prix. Elle n'a plus la disponibilité mentale pour suivre un raisonnement médical, peser une option, dire « attendez, expliquez-moi ». La partie de son cerveau qui négocie est, à ce moment, hors ligne.

Donc la question n'est pas est-ce qu'elle saura se défendre ? La réponse est non, et il n'y a là aucune faiblesse. La vraie question est : qui le fera à sa place, à partir de ce qu'elle a décidé avant ?

Vous.

Le consentement éclairé n'est pas une faveur. C'est un droit.

Posons une chose clairement, parce que beaucoup de couples l'ignorent : en France, aucun acte ne peut être pratiqué sur un patient sans son consentement libre et éclairé. « Éclairé » veut dire qu'on doit lui avoir expliqué, avant, en quoi consiste le geste, pourquoi, et quelles sont les autres options. Ce n'est pas une politesse qu'on accorde aux patients agréables. C'est la loi, et elle vaut aussi en salle de naissance.

Dans les avis de femmes que je lis sur l'accouchement, un mot revient, glaçant : se sentir « victime de procédures invasives », à la merci de soignants « pressés ». On voudrait croire ça révolu. Pour l'essentiel, ça l'est. Mais la zone grise — le geste fait avant l'explication, l'option jamais proposée — elle, existe encore.

Demander l'information avant le geste, ce n'est donc pas être difficile. C'est rappeler un droit. Et ce rappel, le plus souvent, c'est le partenaire qui peut le porter.

Vous êtes un filtre, pas un mur

Maintenant, le point le plus important de tout cet article. Lisez-le deux fois.

Votre rôle n'est pas de bloquer les soins. Il est de les filtrer.

La différence est vitale, au sens propre. Un mur, c'est un partenaire qui dit « non » par principe, qui se met en travers, qui prend pour de l'agression ce qui est parfois une vraie urgence. Ça, c'est dangereux — pour elle, pour le bébé. Et ce n'est pas votre rôle.

Un filtre, c'est autre chose. Un filtre laisse passer ce qui doit passer, et ralentit juste assez le reste pour qu'on comprenne ce qui arrive. Il ne décide pas à la place des soignants. Il demande l'information, demande le temps, et porte les choix que sa compagne a posés à froid. Voilà tout. C'est immense, et c'est mesuré.

Concrètement, vous n'êtes pas là pour avoir un avis médical. Vous êtes là pour qu'une décision qui engage son corps ne se prenne pas sur elle, en silence, pendant qu'elle est ailleurs.

Les 3 questions que vous posez — calmement, à chaque geste

Voici l'outil. Trois questions, dans cet ordre. Apprenez-les par cœur : le jour J, vous n'aurez pas le temps de les chercher.

1. « Est-ce que ce geste est nécessaire ? Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? » C'est la question d'ouverture, et c'est la plus puissante. Elle ne refuse rien. Elle demande simplement à voir l'intérieur de la décision. Un soignant qui sait pourquoi il fait un geste répondra sans problème. La réponse, à elle seule, transforme un acte subi en acte compris.

2. « Est-ce qu'on a le choix entre plusieurs options ? » La plupart des situations ne sont pas binaires. Il y a souvent une alternative, une position différente, un délai possible. Poser cette question remet du choix là où l'habitude n'en laissait pas. Et le choix, pour une femme dont le corps est en jeu, c'est ce qui la garde sujet de ce qui lui arrive.

3. « Est-ce que c'est urgent, ou est-ce que ça peut attendre quelques minutes ? » La question-rempart. Beaucoup d'interventions présentées comme immédiates peuvent attendre le temps d'un échange — le temps qu'elle reprenne pied, qu'elle dise oui en conscience. Et quand la réponse est « non, là c'est urgent », vous le saurez aussitôt. À ce moment-là, le filtre s'efface, et vous laissez faire. Sans hésiter.

C'est ça, l'équilibre : trois questions qui n'opposent jamais, mais qui ramènent systématiquement de l'information, du choix et du temps. Trois questions qui font de vous un allié des soignants, pas leur adversaire.

Ce n'est pas vous contre eux

Je tiens à ce que ce soit limpide, parce que c'est ce qui fait la différence entre un partenaire utile et un partenaire qui crispe toute la salle.

L'équipe médicale veut, comme vous, que ça se passe bien. Vous n'arrivez pas en terrain ennemi. Vous arrivez avec une mission qu'eux n'ont pas : vous êtes le seul à connaître ce qu'elle a souhaité, le seul entièrement de son côté à elle, le seul dont le seul travail est de veiller sur sa voix. Posées avec calme et respect, vos trois questions ne ralentissent presque rien — et elles changent tout dans la façon dont elle traversera ce moment, et dont elle s'en souviendra.

Un mot, pour certains couples

Si votre compagne a, dans son histoire, vécu des violences — médicales, sexuelles — un geste intime non annoncé peut rouvrir des blessures profondes. Pour elle, un toucher non consenti n'est pas un inconfort de plus : c'est, parfois, une effraction. Votre rôle de filtre devient alors le cœur de sa sécurité. Un geste expliqué avant, un choix rendu, un « vous pouvez dire stop » entendu et respecté : ce sont, pour elle, des actes de réparation. Ce n'est pas un détail à part. C'est le même travail, porté plus haut.

Pour aller plus loin

Le premier pas est souvent le plus difficile — et vous venez de le faire en lisant jusqu'ici.

Ces trois questions ne sont qu'une partie de ce qu'un partenaire peut porter à la maternité : le consentement, la garde de l'environnement, la voix qu'on porte pour l'autre. J'ai réuni tout cela dans un cours de préparation à l'accouchement pensé pour le couple, où le partenaire apprend à protéger sans bloquer, pour que la mère reste sujet de ce qui arrive à son corps.

Il n'est pas encore ouvert. Inscrivez-vous à la liste d'attente : vous recevrez la fiche imprimable « Les 3 questions à poser avant chaque geste », et votre place prioritaire à l'ouverture.

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